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J’ai compris
Gastronomie  In Vino Veritas : le vengeur masqué

Hello tendres agneaux,

 

Ces jours-ci on est très occupés chez Conte Moi Fleurette. Il faut qu’on prépare les blagues de Noël, celles que tu pourras sortir à ton oncle au coin du feu, entre la dinde et le gigot, pendant que ta cousine éloignée regarde par la fenêtre les traces dans la neige et que la vie passe sans revenir.

 

Très occupés donc, mais aussi assez sollicités car figure-toi que ton blog préféré est de plus en plus convoité, par des instances médiatiques diverses et variées, qui nous veulent du bien, oh oui du bien. Nous en sommes ravis ! Surexcités, au moins autant que des moucherons malgaches invités par hasard à une teuf dans la benne à ordures de Jean-Pierre Coffe, tu vois quoi.

 

Tout ça pour écrire que de temps à autre nous allons céder plume à des Visiting Guests de bon aloi, choisis pour leur style, leur sens de l’amitié ou la taille de leur chèque.

 

Aujourd’hui donc c’est le Vengeur Masqué qui aura l’heur de te distraire ! Bonne chance et à toi !

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Ca y’est, je suis énervé.

 

Pas le petit énervement passager d’enfant gâté comme celui d’hier matin ; celui qui m’a pris par surprise quand le train qui est supposé m’emmener de ma banlieue tranquille à mon lieu de travail parisien a encore été annulé, me laissant une heure durant sur le quai froid au milieu d’une horde de vieux cadres grincheux, ne sachant pas alors que la cause de leur courroux était une âme perdue, encore une, qui n’avait pas trouvé mieux que d’envoyer un dernier message de mépris à ses congénères en opposant sa fragile carcasse à ce monstre de fer lancé à toute vitesse sur les rails. Non, cette fois-ci, c’est une colère beaucoup plus insidieuse, de celle qui te prend aux tripes, qui te jette à la gueule qu’on vit vraiment dans une société qui ne comprend rien à rien.

 

Je m’explique.

 

Passant nonchalamment devant mon kiosque à journaux, je suis tombé sur cette Une des Inrocks titrant fièrement « La grande bouffe » préfigurant sans doute un dossier sur le tsunami (g)astronomique qui ravage le paysage médiatico-culturo-socialo-tout-ça du pays depuis plusieurs années maintenant. Et là, mon sang a fait non pas un mais au moins deux ou trois tours. Non pas que je ne sois pas en phase avec la référence au chef d’œuvre de Marco Ferreri qui dépeint magistralement une bande de jeunes désœuvrés organisant son suicide à coups de ripailles atrocement phénoménales (ça a quand même plus de gueule que l’inconnu d’hier matin), au contraire. Mais ce coup de gueule a déclenché en moi une prise de conscience soudaine, un sentiment d’indignation presque révulsant, voire des larmes aux yeux, à moins que ce fut ce foutu blizzard qui passait pas là. T’énerve pas, un peu de patience, je vais t’expliquer pourquoi.

 

En ces temps pour le moins troublés où ta télé te rabâche dès que tu as l’inconscience de l’allumer que c’est la crise, que toi qui me lis, tu n’es plus bon à rien et que ton pays va crever la bouche ouverte au moins aussi abominablement que nos héros Ferreriques, il est un produit qui devrait être une vraie panacée mais qui est au moins autant oublié que le susdit film. Combinant à la fois tradition, made-in France, excellence, pouvoir exportateur, bien-être, vivre ensemble, amour, bonheur, Depardieu, prospérité et jeunesse éternelle –rien que ça- j’ai nommé (roulement de tambour)…le pinard bien sûr !

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Sois honnête. Combien de fois tu as pris ton aprèm pour cuisiner la nouvelle inspiration absurde de ce branleur prétentieux candidat de Top Chef, ou le petit plat sur le pouce à 150 euros au foie gras cuit sous les aisselles et huile de truffe des Galapagos de ce chef étoilé dont tu as oublié le nom – et la moitié de la recette d’ailleurs – et que tu décides fier comme un coq au vin de demander à tes convives de l’apporter.

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Apporter quoi ?

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Bah le vin ! Suis un peu, merde. Et là ça loupe jamais ; tu te retrouves avec un amas de piquettes tout juste bonnes à cuire ton prochain risotto, achetées pour un montant à un chiffre collé sur une étiquette orange à moitié déchirée chez ce bon vieux Ahmed. Ne crachons pas dans le couscous, il t’a rendu service plus d’une fois vers 2h du mat Ahmed, mais pour du picrate, franchement… ?

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En même temps ce n’est pas de ta faute. Même si on possède le plus beau vignoble au Monde, le seul moment où on daigne en être fier est le troisième jeudi du mois de novembre au moment du Beaujo nouveau (toi aussi, rien que d’y penser ça te file des remontées ?), comme si la seule fête culinaire du pays était celle du steak haché surgelé.

 

Alors maintenant comme dit Fifi, ça suffit ! Intéressons-nous à notre Jaja national (pas le dopé, l’autre), demandons, implorons du contenu intelligent, des émissions, des séries, des guides faciles à comprendre, on s’en fout. Pour info, les Japs ont fait un Manga sur le vin –appelé les Gouttes de Dieu – qui compte 35 tomes et a été adapté en 8 saisons à la TV. Ok, c’est super kitsch mais Docteur House peut aller se brosser, lui et son succès, et plutôt deux fois qu’une.

 

Surtout, daignons dépenser plus d’1,5 euro notre cubi pour notre semaine de ski plutôt que de mettre 200 balles dans des whisky-coca imbuvables qui finissent tous dans l’évier le lendemain matin, quand tu les as pas déjà rendus aux chiottes, le seul récipient qu’ils méritent. D’abord parce que la survie de notre économie en dépend (je te fais pas un cours mais sache qu’après les avions, c’est ce qui nous rapporte le plus de pépettes par an), et parce que j’en ai assez qu’on parle de bouffe sans parler du vin qui vit avec, tout ça parce que des dictateurs de la santé publique ont décidé que c’était pas bon pour nous, sans comprendre que le seul effet de ce black-out médiatico-culturo-tu-vois-le-genre est de nous faire boire cette vinasse acide et sans intérêt qui inonde les rayons des supermarchés, profitant de notre incapacité coupable à dénicher la bonne came derrière les étiquettes.

 

Je t’avais dit, je suis énervé.

 

Je finirai, non sans un sourire chafouin, par une citation de G.D., acteur en exil ou Président, je sais plus trop (source : legorafi.fr) : « Bien manger c’est le début du bonheur. Bien boire c’est tout ce qui suit ».

 

 

 

Bien à vous et merci à Conte Moi Fleurette de me laisser exprimer mon courroux ainsi,

 

Le V.M

 


 

Imaginez un merveilleux monde, où tout ne serait que luxe, volupté et crème de marrons. On s’y conterait fleurette en attendant de croiser Benjamin Biolay. Délicieuses et absurdes, les histoires de Conte Moi Fleurette sont un joli moment d’évasion !

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