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Film  Critique cinéma : « Chez nous »
06/03/201915:02 Baz'art

À sa sortie en salle en 2017, « Chez nous », tout le monde - même les non cinéphiles - en avaient entendu parler suite à la polémique lancée par les dirigeants du Rassemblement National (ex FN) qui sans même l'avoir vu ont sonné la charge contre lui.

Il va de soi qu'en racontant l’histoire d’une jeune infirmière à domicile nordiste, incarnée par la toujours formidable Emilie Dequenne (que Lucas Belvaux retrouve avec grand bonheur après le déjà excellent
« Pas son genre »), approchée pour rejoindre la liste du Bloc patriotique aux municipales, le cinéaste belge allait contrarier les membres du FN tant les ressemblances entre ce bloc identitaire et le parti de Martine Le Pen sont légions.

Mais plus que le FN en tant qu'institution, ce qui intéresse Lucas Belvaux, ce sont ses électeurs, cette "majorité silencieuse" qui a tant de mal à joindre les deux bouts et qui, lasse des belles promesses des partis traditionnels, va succomber aux sirènes populistes et contestataires de ce parti. En espérant que la planche de salut qu'elle lui montre ne sera pas totalement savonneuse.

 

Lucas Belvaux est un auteur reconnu par les cinéphiles, sa trilogie « Un couple épatant, cavale, après la vie » a reçu le prix Louis Delluc. « 38 témoins » : Le Havre magnifiquement filmé devient un théâtre de la lâcheté humaine « Pas son genre » sur la pire discrimination, la classe sociale. « La raison du plus faible » des chômeurs préparent un casse pour acheter une mobylette, drôle, tendre et grave comme une comédie italienne.

Tous ses films sont bien écrits, bien photographiés et bien réalisés. Contrairement à ce que de méchantes langues ont avancé par rapport à la polémique qui ne sert pas vraiment le film, Lucas Belvaux n'a pas besoin de buzz, il a son public de cinéphiles qui le suit depuis longtemps.

On le voit encore avec ce formidable long métrage à quel point Lucas Belvaux est un humaniste et combien ses films politiques ou sociologiques nous questionnent, notamment avec ce « Chez nous », qui montre des gens en colère et en plein désarroi idéologique.


Une œuvre très documentée sur l'implantation locale du parti d’extrême droite, dont la grande réussite tient notamment au fait qu'il évite totalement un discours simplificateur et manichéen.

Quelques années après Diastème qui avait plutôt réussi son coup avec
« Un Français » retraçant la vie et la descente aux enfers d'un skinhead avide de rédemption, Belvaux enfonce le coup en ancrant son fils d'une dimension plus humaine et dans un genre moins frontal. Et pour tout dire de façon encore bien plus convaincante et émouvante.

Lucas  Belvaux filme le Nord, car c'est une région qu'il connait,  où il a déjà tourné deux films, où il connait beaucoup de monde, et les personnages de « Chez nous » apparaissent ainsi bien ancrés dans un territoire, inscrits dans une histoire, et dans une région traversée par tous les séismes de l’Histoire européenne depuis des siècles, qui laisse forcément des stigmates, des cicatrices, des fractures dans la terre et dans les âmes, dans la société aussi, et cela est parfaitement montré dans « Chez Nous ».


Belvaux, qui est parti du roman « le Bloc », un polar rugueux de Jérôme Leroy qu'on avait chroniqué en 2014, pour n'en conserver que certains personnages et le coté documenté sur le système électoral, développe  dans son dernier long métrage un bien beau sens de la narration, tant le récit irrigue de partout, évitant le banal reportage TV comme on en voit des centaines sur le sujet.

Dans « Chez nous », les personnages, même les plus douteux moralement, sont traités avec sinon empathie du moins avec respect et humanité rendant le film complexe et d'une belle densité.

Belvaux irrigue son scénario d'un double récit-sentimental et politique - qui vont rapidement s'entre-imbriquer avec une belle maîtrise et une belle fluidité.


Porté par une interprétation plus que parfaite, avec notamment un André Dussolier formidable d'ambiguïté, « Chez nous », œuvre engagée mais pas militante, émeut et questionne, confirmant ainsi tout le talent de ce cinéaste dont l'œuvre est un quasi sans-faute.

Cerise sur le gâteau, Lucas Belvaux, en plus d'être un épatant cinéaste, est un homme passionnant et adorable qu’on a eu la chance de rencontrer lors d’un passionnant échange avec lui.

 
Ce film sera diffusé sur TV5MONDE Asie à partir du mardi 12 mars 2019.
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Blogueur depuis 8 ans mais fan de livres et - surtout - de cinéma depuis toujours... Mon rêve de gosse : journaliste culturel ? Résultat : si depuis quelques temps je caresse bien cette profession de journaliste, cela n'est hélas pas vraiment dans le domaine de la culture. Grâce à Baz'art, j’ai la chance - avec plusieurs chroniqueurs spécialisés dans différentes thématiques, de continuer plus que jamais de faire partager aux lecteurs nos points de vue forcément subjectifs mais toujours passionnés sur le cinéma, les bouquins, et la culture avec un grand C ( et un petit aussi parfois :o).

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