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Film  Critique cinéma : « Rien ne va plus »
13/11/201800:00 Baz'art

« Rien ne va plus », que Claude Chabrol a réalisé en 1997, possède la particularité d'être considéré par les experts du cinéma de Chabrol comme étant à la fois important et mineur dans la filmographie de ce très grand portraitiste de la bourgeoisie provinciale française.

Important car il s'agissait de son 50ème film, et tout le monde l'avait présenté ainsi (50 films en 67 ans, ça vous pose quand même son homme), mais également mineur car le film en question, en apparence du moins, ne s'inscrivait pas vraiment dans la veine de ses satires bourgeoises.

En effet, « Rien ne va plus » s'apparente plus à une comédie noire, déjantée et assurément jubilatoire, dans laquelle l'intrigue n'a pas vraiment d'importance, tant l'essentiel est d'amuser le spectateur tout en offrant une partition endiablée à ses acteurs.

Dans la pléthorique filmographie de Chabrol, « Rien ne va plus » est situé juste après un de ses chefs d'œuvre incontestables, « la Cérémonie ».


Évidemment, si on compare les deux œuvres « la Cérémonie » apparait comme largement au-dessus, plus riche, plus soignée, plus complexe. Cela étant, ce « Rien ne va plus » demeure un film d'excellente facture, plus réussis à mon sens que d'autres films de sa dernière partie de sa vie, pourtant mieux considérés par la critique, des films tels que « Merci pour le chocolat » ou bien encore « La fleur du mal ».

Il faut dire que le tournage de ce film revêtait une importance particulière pour Chabrol, car cette œuvre était née de son désir de faire enfin un film  « léger comme une bulle de savon »  (dixit ses propres mots), après avoir éprouvé une certaine lassitude à ne faire que des drames, lui qui était d'humeur si joyeuse et rigolarde.

Ce grand admirateur d'Alfred Hitchcock, connu donc pour son humour et son caractère de bon vivant, a puisé du côté des comédies d'Ernest Lubitsch pour trouver ses personnages de son film, "amoraux" et un brin pervers.

Victor et Betty, un couple uni par des liens incertains, pratiquent une délinquance douce aux dépens d'hommes d'affaires naïfs, dans les grands hôtels et les casinos européens. Betty les lance sur un coup tordu, aux dépens de délinquants d'une autre espèce, qui blanchissent de l'argent inavouable, et sont prêts à toutes les violences pour protéger leurs circuits.


Le générique pose d'emblée l'ambiance ludique et légère qui va durer pendant tout le film : on a en effet un gros plan sur roulette de casino en gros plan, qui n'en finit pas de tourner, et dont la boule, stoppée régulièrement par des arrêts sur image successifs destinés à inscrire les noms de l'équipe du film, semble prendre son temps pour choisir son numéro. Dans « Rien ne va plus », nos deux héros seront en fait à l'image de cette boule, virevoltants et hésitants à la fois.

Ainsi, « Rien ne va plus », qui commence dans l'univers si cinématographique et si excitant des casinos et des tapis verts, suit avec un indéniable entrain, les aventures de ce couple atypique et mystérieux formé par Isabelle Huppert et Michel Serrault.
 

 
Et la scène d'ouverture pose le ton du film de manière assez emballante : on voit Isabelle Huppert/Betty draguer un Jackie Berroyer, plus illuminé que jamais, dans une scène menée tambour battant, et Victor passe derrière pour rafler la mise, se contentant de 40% (comme le fisc) pour ne pas éveiller les soupçons. Bref, une arnaque à la petite semaine, mais réussie, qui en appellera évidemment d'autres, un peu plus risquée, et forcément plus périlleuse. Car très vite la gourmande Betty ne se contente plus de 40%. Elle accepte de faire la mule et de convoyer sous le soleil des Caraïbes une valise pleine d'argent, sale mais suisse... Victor suit mais rien ne va plus : ce jeu dangereux les dépasse et tourne au cauchemar et à la roulette russe.

Isabelle Huppert, actrice fétiche de Claude Chabrol, qu'elle retrouvait ici pour la cinquième fois, est éblouissante en Betty, piquante allumeuse doublée d'une perverse arnaqueuse, qui sillonne la France à bord d'un camping-car avec Victor, l'inénarrable Michel Serrault qui s'en donne à cœur joie dans ce rôle de voyou bougon et pleutre).


Parfaitement rythmé, « Rien ne va plus » dispose en outre d'un scénario intelligemment écrit sur les faux-semblants et les apparences et où les dialogues, servis par un quatuor d'acteurs extraordinaires (en plus des deux acteurs principaux François Cluzet et surtout Jean François Balmer sont vraiment épatants), et qui s'éclatent à prononcer ces dialogues purement jouissifs.
L'ensemble serait parfait, si la fin exotique, mais hélas caricaturale et outrée, nous laissait un peu sur notre faim.

Mais son dernier quart d'heure raté n'entrave pas pour autant le plaisir durable du spectateur devant ce « Rien ne va plus », qui, 21 ans après sa sortie, se laisse voir avec toujours autant de plaisir !!!
 


Ce film sera diffusé sur TV5MONDE Asie à partir du mardi 13 novembre 2018.
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Blogueur depuis 8 ans mais fan de livres et - surtout - de cinéma depuis toujours... Mon rêve de gosse : journaliste culturel ? Résultat : si depuis quelques temps je caresse bien cette profession de journaliste, cela n'est hélas pas vraiment dans le domaine de la culture. Grâce à Baz'art, j’ai la chance - avec plusieurs chroniqueurs spécialisés dans différentes thématiques, de continuer plus que jamais de faire partager aux lecteurs nos points de vue forcément subjectifs mais toujours passionnés sur le cinéma, les bouquins, et la culture avec un grand C ( et un petit aussi parfois :o).

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